A la veille de son 54ème anniversaire, la Mauritanie est menacée
par l’une des plus graves crises identitaires de son histoire.
Ces crises qui trouvent leur origine dans les conflits de ce qu’Amin Malouf
identifie si bien comme des « Identités Meurtrières » déchirent les
nations en les menant, malheureusement souvent, vers des guerres et des
génocides qui ne disent pas souvent leur noms.
Or, ces crises existentielles ne pointent du nez que lorsqu’on connait d’autres
types de crise d’ordre économique,
politique ou sociale.
Force est, donc, de voir que la
Mauritanie connaît un cumul de toutes ces crises et il n’est donc que normal qu’apparaissent
et s’exacerbent les discours extrémistes entendus aujourd’hui dans l’espace
public, ici et là, trouvant échos chez les uns et les autres.
En profane totale dans tous les domaines savants qui peuvent
traiter la question, l’objectif de mon écrit n’est qu’une tentative personnelle
pour comprendre la crise qui nous menace afin de contribuer à dégager des
pistes pour la désamorcer.
Depuis l’avènement de la République Islamique de Mauritanie, l’Etat
Mauritanien, sensé fédérer l’ensemble des habitants de cette aire géographique
définie par le colonisateur, bute sur la problématique identitaire et n’arrive
pas à asseoir une vision moderne, citoyenne et constructive de l'Etat.
Périodiquement, le choix de la langue dans la constitution et dans le
système éducatif alimente les moulins de tous les nationalistes et chauvins du
pays, qui tirent le pays vers des exclusives identités arabo-arabe, ou franco-africaine, sapant les
fondements et bouchant toutes les voies de toute identité citoyenne plurielle
mauritanienne capable de fédérer les efforts de tous les mauritaniens dans le
sens de modalités du « vivre ensemble » acceptées par tous et
améliorant l’être de tous.
Aujourd’hui, le problème est plus complexe car il n’oppose plus seulement les
4 communautés traditionnelles qui se positionnaient en 2 grands pôles
antagonistes – qui sont les beidhanes (ou maures) d’un coté, les
Halpulars, les soninkés et wolofs, de l’autre- mais bien au sein d’une
communauté.
La communauté maure, beidhane, ou arabo- berbère selon l’affinité de
chacun, possède une nomenclature sociale semblable aux nomenclatures des
sociétés africaines : les castes, et qui sont absentes des sociétés dites
bédouines d’Arabie. Elle tire sa ressemblance d’avec ces dernières de sa
division en tribus constituées généralement autour de noyaux familiaux ou liens
de sang.
Dans cette composition complexe de la société beidhane, se trouve la
communauté Hratine qui tire ses origines d’anciens esclaves libérés, selon
certains, alors que pour d’autres les hratines seraient d’authentiques
autochtones descendant de groupes ethniques aujourd’hui disparus comme les Bafour.
Cette frange de la société mauritanienne a souvent été assimilée comme
étant les « maures noires », car culturellement ils se confondent
presque avec les beidhanes : ils ont le même langage, les mêmes
traditions.
Les adeptes d’une communauté des hratines distincte, arguent que les
hratines se spécifient par leur race, leurs musiques, leurs danses, et leur
histoire et réclament leur reconnaissance comme communauté à part entière dans
la constitution de la République.
Mais dans toute cette cacophonie, moi – et ce moi est nombreux - qui suis
née d’un père hartani, d’une mère moitié wolof moitié beidhaniya, qui ne suis
ni noire, ni blanche, qui ne parle que le hassaniya et le français, que vais-je
devenir ?
Quelle appartenance culturelle vais-je privilégier ?
Ai-je le droit de choisir la culture qui me plait ? La langue qui me
convient ?
Et pourquoi nous dépensons autant d’énergie à chercher ce qui nous
différencie ?
Comment chercher des traits d’union qui vont nous lier pour nous battre ensemble
contre les injustices, les inégalités ?
Comment construire ensemble un projet de société fédérateur, dans lequel
chacun aura accès à une éducation valable, à des soins de santé de qualité, le
droit à un travail digne, à un logement durable, le droit à une qualité de vie
respectable ?
Comment allons-nous apprendre à conjuguer le verbe
« partager » ? Le verbe tolérer ? Le verbe « pardonner » ?
Le verbe « VIVRE ensemble » ?
Un débat qui croise un autre, beaucoup plus légitime : celui des libertés
fondamentales, l'éradication de l'esclavage
et de ses séquelles, la lutte contre toutes les formes d’inégalités
sociales, d’inégalités économiques....
A suivre ....
La citoyenne lambda
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire