mardi 25 novembre 2014

TOUCHE PAS A MON IDENTITÉ.



A la veille de son 54ème anniversaire, la Mauritanie est menacée par l’une des plus graves crises identitaires de son histoire.
Ces crises qui trouvent leur origine dans les conflits de ce qu’Amin Malouf identifie si bien comme des « Identités Meurtrières » déchirent les nations en les menant, malheureusement souvent, vers des guerres et des génocides qui ne disent pas souvent leur noms.
Or, ces crises existentielles ne pointent du nez que lorsqu’on connait d’autres types de  crise d’ordre économique, politique ou sociale.
Force est, donc, de voir que  la Mauritanie connaît un cumul de toutes ces crises et il n’est donc que normal qu’apparaissent et s’exacerbent les discours extrémistes entendus aujourd’hui dans l’espace public,  ici et là, trouvant échos chez les uns et les autres.
En profane totale dans tous  les domaines savants qui peuvent traiter la question, l’objectif de mon écrit n’est qu’une tentative personnelle pour comprendre la crise qui nous menace afin de contribuer à dégager des pistes pour la désamorcer.
Depuis l’avènement de la République Islamique de Mauritanie, l’Etat Mauritanien, sensé fédérer l’ensemble des habitants de cette aire géographique définie par le colonisateur, bute sur la problématique identitaire et n’arrive pas à asseoir une vision moderne, citoyenne et constructive de l'Etat.
Périodiquement, le choix de la langue dans la constitution et dans le système éducatif alimente les moulins de tous les nationalistes et chauvins du pays, qui tirent le pays vers des exclusives identités  arabo-arabe, ou franco-africaine, sapant les fondements et bouchant toutes les voies de toute identité citoyenne plurielle mauritanienne capable de fédérer les efforts de tous les mauritaniens dans le sens de modalités du « vivre ensemble » acceptées par tous et améliorant l’être de tous.
Aujourd’hui, le problème est plus complexe car il n’oppose plus seulement les 4 communautés traditionnelles qui se positionnaient en 2 grands pôles antagonistes  – qui sont les beidhanes (ou maures) d’un coté, les Halpulars, les soninkés et wolofs, de l’autre- mais bien au sein d’une communauté.
La communauté maure, beidhane, ou arabo- berbère selon l’affinité de chacun, possède une nomenclature sociale semblable aux nomenclatures des sociétés africaines : les castes, et qui sont absentes des sociétés dites bédouines d’Arabie. Elle tire sa ressemblance d’avec ces dernières de sa division en tribus constituées généralement autour de noyaux familiaux ou liens de sang.
Dans cette composition complexe de la société beidhane, se trouve la communauté Hratine qui tire ses origines d’anciens esclaves libérés, selon certains, alors que pour d’autres les hratines seraient d’authentiques autochtones descendant de groupes ethniques aujourd’hui disparus comme les  Bafour.
Cette frange de la société mauritanienne a souvent été assimilée comme étant les « maures noires », car culturellement ils se confondent presque avec les beidhanes : ils ont le même langage, les mêmes traditions.
Les adeptes d’une communauté des hratines distincte, arguent que les hratines se spécifient par leur race, leurs musiques, leurs danses, et leur histoire et réclament leur reconnaissance comme communauté à part entière dans la constitution de la République.
  
Mais dans toute cette cacophonie, moi – et ce moi est nombreux - qui suis née d’un père hartani, d’une mère moitié wolof moitié beidhaniya, qui ne suis ni noire, ni blanche, qui ne parle que le hassaniya et le français, que vais-je devenir ?

Quelle appartenance culturelle vais-je privilégier ?

Ai-je le droit de choisir la culture qui me plait ? La langue qui me convient ?

Et pourquoi nous dépensons autant d’énergie à chercher ce qui nous différencie ?

Comment chercher des traits d’union qui vont nous lier pour nous battre ensemble contre les injustices, les inégalités ?

Comment construire ensemble un projet de société fédérateur, dans lequel chacun aura accès à une éducation valable, à des soins de santé de qualité, le droit à un travail digne, à un logement durable, le droit à une qualité de vie respectable ?

Comment allons-nous apprendre à conjuguer le verbe « partager » ? Le verbe tolérer ? Le verbe « pardonner » ? Le verbe « VIVRE ensemble » ?

Un débat qui croise un autre, beaucoup plus légitime : celui des libertés fondamentales,  l'éradication de l'esclavage et de ses séquelles, la lutte contre toutes les formes d’inégalités sociales, d’inégalités économiques....

A suivre ....

La citoyenne lambda


 



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