Après le « procès de Bamako» (film de
Abderrahmane Sissako réalisé en 2006) qui pointait du doigt l’émergence de la
mondialisation et ses conséquences sur nos économies nationales, la
globalisation continue son ancrage en bouleversant les modèles socioéconomiques
traditionnels qui, de divers, fractionnés et fermés sont de plus en plus uniques,
globalisés et ouverts. Ce processus se traduit par la libre circulation de
l'ensemble des ressources productives (monnaies, capitaux financiers, biens
d'équipement et technologies, ressources humaines) au-delà des cadres et
repères nationaux.
En Mauritanie, ce pays de 4 millions de commerçants,
plus personne n’échappe à cette course vers la rentabilité par la
standardisation des produits au détriment de tout particularisme lié aux
cultures locales.
Les produits spécifiques à la culture mauritanienne
sont entrain de succomber à ce fantastique rouleau compresseur. Ainsi, la
Melhafa, cet habit traditionnel des femmes maures, peut nous servir d’exemple
concret de l’impact de la globalisation sur une économie nationale spécifique.
Dans les années 80, la « Melhafa khiatta »
se confectionnait à partir d’une bande de 5mx1m50 d’un tissu
« chegga » blanc importé d’Indonésie, sur lequel des femmes brodaient
au fil de pêche les motifs qui donnaient ce cachet spécifique de la culture
locale : carapace de tortue, dot du lièvre, pas du paon, salade, …
Ensuite, le projet de Melahfa était trempé dans une ou
plusieurs mixtures de teintures « faites maison » pour au finish
donner un beau voile aux couleurs et motifs variés. (cf. Claire Cécile Mitatre
« El Melhafa).
Ce processus nécessitait 3 à 5 jours de production et l’habit traditionnel ainsi confectionné
revenait à la consommatrice entre 900 UM et 5.000 UM (1Euro = 400 UM), selon la
variété des motifs et leur densité.
Puis, avec l’ouverture du marché asiatique, les
commerçants ont commencé à faire venir le tissu « Chegga » déjà
imprimé en Chine avec d’abord des motifs d’inspiration locale puis de plus en
plus « impactés » par les couleurs et motifs d’ailleurs. (Phénomène
de glocalisation).
Puis le tissu de la Melhafa évolua et se décline actuellement
en plusieurs variétés : conçu en Mauritanie ou à Dubaï et puis fabriqué en
Chine pour le modèle en coton « Gaz », au Japon sa version plus
soyeuse « Kanebo », ou en Inde pour la version tergalisée « Qumayri »
… (Phénomène de globalisation).
Sur le marché de Nouakchott aujourd’hui les melhafas
importés remplissent les étagères de tous les magasins, offrant des qualités
variées et des prix allant de 1.500 UM à 25.000 UM.
La « Melhafa khiatta » d’abord secouée par
l’inondation du marché par sa concurrente importée, s’est « adaptée à la globalistion» en
devenant un « produit de luxe authentique » auquel seules les
privilégiées ont accès, dont le prix varie entre 20.000 UM et 50.000 UM et peut
s’exporter au Maroc, en Arabie Saoudite et même aux Etats Unis d’Amérique à
travers des réseaux de ventes privées via internet.

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